Un fondement dualiste esprit/mathématique de la réalité physique


Résumé. Suivant une version raffinée de l'interprétation de Wigner de la physique quantique, l'Univers physique est expliqué comme une partie du monde mathématique (une histoire spécifique parmi les mondes multiples d'Everett) distinguée par le fait d'être perçue consciemment. La physique est l'étude de la face mathématique de cette combinaison, qui est une réalité mathématique platonique légèrement moins qu'infinie. La conscience fournit la substance du temps et du hasard (au-delà de leurs formes mathématiques en tant que 4ème dimension et lois de probabilité).

Univers non-mathématiques

L'univers tel que décrit par la physique est hautement mathématique. Mais comment un univers pourrait-il être autrement ? Voici quelques alternatives:

Mais si une grande quantité de données quantitatives est mesurée, on peut l'analyser en termes de ses corrélations, à savoir sa loi de probabilité globale, qui correspond à un format de compression (modulo équivalence par conversion préservant la taille): le fichier compressé exprime la partie contingente de la réalité causant ou expliquant le fichier des données observées, tandis que le format de compression exprime la loi (comment les choses fonctionnent; mais si ses succès cessent lorsque les observations s'étendent, les variations de la loi deviennent alors des données contingentes à ajouter au fichier compressé).

Cette quête de lois interprétant des observations données, peut se heurter à différents obstacles:
Mais comment peut-on concevoir une loi non-mathématique ?

Lois psychologiques et test de Turing

Les oeuvres d'art telles que les compositions musicales, suivent des «lois artistiques». De même, la psychologie a ses lois: les gens sont plus susceptibles de suivre des comportements «ayant un sens», que des comportements «absurdes». Cette loi est non-algorithmique si la mesure du «sens» ne peut pas être définie de façon algorithmique. Le fait que les lois psychologiques n'admettent pas de bonnes approximations algorithmiques, peut être vérifié par le test de Turing: on constate que les algorithmes candidats échouent à approcher les lois psychologiques lorsque leurs réponses restent humainement évaluées comme «absurdes», tandis que celles produites par les humains se trouvent «avoir un sens».
Au lieu d'algorithmes, on ne peut pas utiliser de liste exhaustive des «comportements ayant un sens» parce que, pour être prête à toute épreuve, la production d'une telle liste (trop grosse pour être stockée dans un ordinateur) nécessiterait des travaux démesurés de vraies consciences. Alors le sentiment que les réponses proviennent d'une personne réelle, ne serait plus vraiment erronné. Ce serait une erreur partielle si le véritable auteur était un comédien autre que la personne prétendue, mais sa simulation risquerait d'échouer à maintenir le réalisme dans le long terme s'il n'avait pas en quelque sorte réellement vécu ce qu'il prétend.

Temps et imprévisibilité en mathématiques

Une telle imprévisibilité des comportements qui nécessitent une «substance réelle» pour fournir un résultat correct, se produit également en mathématiques. Un exemple typique est l'indécidabilité du problème de l'arrêt: aucun calcul ne peut toujours prévoir avec certitude en un temps illimité mais fini (en utilisant l'infini potentiel) le dernier mot des résultats possibles de tout autre calcul muni de ressources illimitées (puisque l'énoncé qu'un algorithme ne s'arrêtera pas, dépend de l'infini actuel).
Des choses semblables se produisent «après l'infini»: lors de l'interprétation d'une théorie dans un modèle éventuellement infini mais fixe, le processus d'interprétation des formules est ordonné dans le temps, des formules les plus simples jusqu'aux plus complexes dont les valeurs dépendent de celles de leurs sous-formules. Par le théorème d'indéfinissabilité de la vérité, la définition générale de la vérité pour toutes les formules dont les variables parcourent un ensemble donné, ne peut pas s'écrire par une seule formule aux variables dans le même ensemble, mais nécessite l'utilisation d'un plus grand ensemble. Ceci peut être compris en termes d'un ordre temporel dans la réalité mathématique (indépendant de notre temps): le plus grand ensemble est le prochain ensemble du passé, englobant le passé actuel avec l'infinité de ses possibles descriptions formelles présentes.

Existence consciente contre existence mathématique

Tous les calculs possibles existent (ou existeront) mathématiquement, en tant que systèmes mathématiques. Qu'est-ce qu'une «existence physique» d'un univers dans lequel un calcul «se produit», peut lui apporter par rapport à d'autres calculs? De toute façon, toutes leurs étapes élémentaires se reproduisent fréquemment dans tout univers «physiquement existant» ou «non existant». Un univers spécifique comporte une série d'opérations spécifiques «se produisant ensemble en un lieu», avec la propriété mathématique de représenter un calcul global spécifique, mais et alors ? Comment une mélodie pourrait-elle exister, non seulement comme une succession de sons mais bien comme une mélodie, sans quelqu'un pour l'entendre? Comment une pensée peut-elle exister, non seulement comme une propriété mathématique d'un calcul cérébral, mais aussi comme ressentant quelque chose, sans l'ajout fondamental d'une âme immatérielle dans le cerveau pour effectivement sentir les opérations du cerveau ?

Aucun concept d'«existence physique» donné à un univers «à un niveau fondamental», ne peut ajouter quelque chose à ses structures mathématiques émergentes (non fondamentales) de calcul cérébral, pour les faire «exister» plus que d'autres structures qui «se produisent» dans des univers physiquement non-existants (mais mathématiquement existants). Comme nous verrons, la perception consciente des structures mathématiques peut expliquer et constituer leur «existence physique», et non l'inverse.

La conscience peut explorer les mathématiques, mais les mathématiques ne peuvent pas décrire la conscience. Alors que la réalité mathématique est analytique (les systèmes sont divisibles en parties, jusqu'aux éléments purs), la conscience est fondamentalement synthétique (ses divisions ne peuvent être que des approximations). Les événements conscients sont sujets à l'ordre temporel, qui est l'ordre de leur existence relative: un événement A «venant avant» un événement B, est un événement qui existe dans B (en mémoire, même s'il peut être difficile à consulter). En d'autres termes, les événements passés existent, mais les événements futurs ne sont pas encore déterminés.

La conscience se trouve être approximativement divisée en une multitude d'esprits individuels, qui coexistent «quelque part profondément à l'intérieur» les uns des autres, dans une Matrice commune (Dieu), comme on peut dire que des objets physiques individuels coexistent dans un espace physique commun, duquel ils ne peuvent pas être dissociés.

Un univers physique a besoin d'une «loi de probabilité» ...

Un univers purement mathématique aux lois déterministes (avec une taille limitée de données contingentes compressées quel que soit le volume d'observations, comme l'ensemble de Mandelbrot qui ne dépend que de l'endroit où vous le regardez) ne permettrait pas d'inclure le libre arbitre (expression des lois psychologiques). Il pourrait être observé consciemment, mais mon modifié. Ce ne serait nullement un univers hospitalier.
Dans un univers de sentiments purs on ne peut rien analyser mathématiquement. Les possibilités restantes sont des univers où les observables peuvent (dans l'ordre du moins mathématique au plus mathématique):
On pourrait dire, «ce dernier cas est un non-sens, pourquoi ne pas plutôt considérer une loi de probabilité mathématique pleinement respectée ?». Mais cela serait un non-sens: comme l'existence physique est un acte de conscience envers des structures mathématiques, il n'y a pas d'autre source possible de hasard, que des combinaisons de nécessités mathématiques avec des sortes de choix conscients.

Tant qu'un résultat n'est pas déjà fixé par d'autres causes, tout ce qu'une «loi de probabilité» fait rigoureusement, c'est exclure les cas de probabilité zéro de l'éventail des possibilités; tous les autres cas restent possibles par définition. Le concept d'une déviation dans le choix entre eux, d'une «loi de probabilité» physique vers une préférence psychologique, est un concept psychologique sans formalisation mathématique naturelle en termes de laquelle la loi puisse être qualifiée de «physiquement violée». Suivant certains résultats d'expériences de parapsychologie, les gens semblent capables d'influencer les résultats des générateurs aléatoires quantiques qu'ils observent.

Néanmoins la loi de probabilité garde un sens, non seulement par les tendances qu'elle donne, que les choix conscients pourraient avoir une «difficulté» à modifier, mais aussi par la présence physique de nombreux processus indéterminés auxquels aucune préférence psychologique ne viendrait apporter la moindre tendance: des probabilités mathématiques doivent être fournies comme «comportements par défaut» prêts à s'appliquer en de tels cas.

... à propos de mystérieuses «observables»

Les théories mathématiques ne peuvent définir les probabilités que comme des nombres. Le hasard effectif est la propriété pratique, pour un flux de données, de provenir d'une source (cause) qui se trouve être suffisamment indépendante d'un sujet d'intérêt donné, pour ne pas être systématiquement influencée par celui-ci. Un hasard est métaphysique (et non mathématique) lorsque c'est un acte de conscience choisissant de réaliser un seul résultat, parmi d'autres qui étaient physiquement possibles; il est effectivement aléatoire lorsqu'il est effectué indépendamment (généralement, par la Matrice au lieu de l'esprit individuel concerné).

Aucune loi mathématique ne peut décrire ces actes conscients, ni les forcer à se produire suivant des manières, temps ou lieux spécifiques. La transition de lois probabilités mathématiques à un hasard réel, transformant des «processus indéterminés» en formes d'apparence claire, devra se référer à des «mesures» par des «observables» introduites arbitrairement, de l'extérieur des lois mathématiques de la physique.

Si l'on tentait alors de suivre strictement les prédictions du reste des lois mathématiques tout en rejetant ces mesures mystérieuses (comme ce qui de fait «arrive lorsque personne ne regarde»), les diverses possibilités sembleraient maintenir une coexistence en parallèle, pondérées par leurs «probabilités». Naturellement, en essayant alors d'expliquer cette occurrence du hasard comme issue de lois physiques supplémentaires sans l'introduction fondamentale d'observateurs conscients, les tentatives pour voir les résultats de mesure comme prédéterminés se heurteraient à de nombreux problèmes, tandis que les idées de choix aléatoires ultérieurs se retrouveraient mystérieusement avoir besoin qu'ils se produisent pas plus tard que quand quelqu'un en regarde les résultats (comme si cela avait la moindre importance).
En bref, le type de lois de la physique auxquelles on peut naturellement s'attendre, ressemble fortement à celles de la mécanique quantique. Bienvenue chez vous. ;-)

Interprétation de la physique quantique

Pour créer l'Univers, la Conscience d'abord choisi une loi mathématique comme «théorie du tout» de la physique: une théorie d'un espace de Hilbert avec d'autres structures (ou quelque chose de similaire, à découvrir). Cela définit l'étendue des mondes multiples d'Everett, qui est l'étendue de «tous les mondes physiques possibles» avec la même loi. Mais au départ, ils n'ont tous que la même existence mathématique qu'ils avaient déjà de toute manière (comme les mathématiques sont la science de tous les mondes mathématiques possibles, qui existent tous mathématiquement).

Au cours du temps conscient, des mondes spécifiques dans cette étendue peuvent recevoir une «existence physique», à savoir, le fait de se trouver «perçu physiquement» par la conscience. L'Univers physique est la trajectoire de cette exploration de l'espace de Hilbert par la conscience: à chaque instant conscient, l'état physique de l'Univers (opérateur densité, surnommé «fonction d'onde»), est l'image mathématique projetée dans l'espace de Hilbert, opérée par la Matrice, de l'héritage (mémoire consciente universelle) de toutes les perceptions physiques passées. Par ce calcul, la Matrice oblige toutes les perceptions physiques à rester «mathématiquement cohérentes» entre elles dans de l'espace de Hilbert.

L'asymétrie du temps conscient donne l'orientation du temps thermodynamique, suivant lequel tout état physique est uniquement et entièrement donné par le passé (seules les perceptions passées existent, et l'état du Big Bang a dû être complètement spécifié, sans doute qu'il a été lui-même exhaustivement perçu également). Ceci oriente la décohérence (le processus de «mesure physique»), qui fournit les prochaines observables possibles avec leurs lois de probabilité classiques. La «réduction du paquet d'onde» est le processus métaphysique de mise à jour de l'état physique par l'ajout d'une nouvelle perception physique (d'un monde possible après décohérence) à l'héritage des perceptions passées qui le détermine.
Contrairement aux idées de conscience quantique par Penrose et d'autres, il y a des arguments en faveur de l'idée que les observations n'aient lieu qu'après la décohérence : ainsi, l'action du libre arbitre dans le cerveau n'a pas besoin de cohérence (enchevêtrement) des états quantiques. Comme la décohérence ne peut être définie que de manière floue comme une propriété émergente, cette condition convient bien à la nature non-physique de la réduction.

Le monde mathématique intervenant en physique

La théorie quantique a des propriétés remarquables. L'une d'elles est le mélange de calculabilité et de continuité.
D'une part, elle a des propriétés holistiques, platoniciennes donnant à ses processus internes un caractère de nécessité. L'état physique à chaque instant est à la fois continument lié et inséparable avec celui d'autres instants: un état «évolue» comme il le fait en raison de sa nature (la nécessité de sa structure interne) plutôt que par une règle de calcul arbitraire. La théorie quantique des champs est naturellement exprimée en fixant l'espace de Hilbert et l'état dedans, et en exprimant les événements physiques dans l'espace-temps comme des opérateurs variables. Les «instants» physiques n'y sont pas clairement distingués les uns des autres, mais relatifs à un choix arbitraire non physique de divisions de l'espace-temps en tranches (relativité de la simultanéité).

Mais elle est également calculable. L'infini implicite des infinitésimaux dans ses variations continues, ne se comporte pas comme un infini actuel mais seulement potentiel. Comme la géométrie euclidienne qui est algorithmiquement décidable et contrairement à l'arithmétique, les résultats peuvent être calculés (bien que nous soyont actuellement confrontés à des divergences de calcul, dont la résolution nécessiterait des reformulations, peut-être par la gravitation quantique).

Mais ces calculs doivent s'effectuer dans un ordre différent de l'ordre du temps physique. Le temps physique (un ordre géométrique que la conscience suivra, comme une «incarnation» du temps conscient) est clairement déconnecté du temps de calcul, comme on peut le voir par sa réversibilité au niveau fondamental de l'espace de Hilbert (en ignorant la thermodynamique et la réduction de la fonction d'onde), et par la nature même du formalisme mathématique dans lequel la physique s'exprime. En effet, les diagrammes de Feynman, représentant des histoires d'interactions de particules à travers l'espace-temps, constituent des expressions tensorielles. Contrairement aux expressions mathématiques «ordinaires», dont la structure en arbre ordonne l'interprétation de leurs symboles des branches (sous-expressions, correspondant au «passé») à la racine (le symbole principal donnant le résultat final), les expressions tensorielles n'ont pas besoin d'une structure arborescente, et leur interprétation peut s'effectuer de façon équivalente dans n'importe quel ordre.
Bien qu'aucune prédiction exacte peut être atteinte en un nombre fini d'opérations, après un certain temps de calcul (en fonction de la taille du système physique), les chiffres suivants de résultats ne font qu'améliorer la précision des probabilités des résultats observables. Mais pour jouer leurs rôles de probabilités, ces nombres n'ont pas besoin de «réellement exister» avec leur précision infinie, mais seulement d'être divinement devinés. Ainsi, la Physique utilise une partie très platonicienne des mathématiques, mettant en jeu la signification infinie de théories au-delà des calculs finis, mais sans pour autant être affectée par les incertitudes formelles sur l'infini actuel que révèlent le théorème d'indéfinissabilité de la vérité de Tarski et les théorèmes d'incomplétude de Gödel.

La structure multiplement simple de la théorie quantique

Les mathématiques se caractérisent comme une étude autonome des nécessités logiques sur des systèmes clairement définis; lorsque plusieurs cas sont possibles, tous sont admis comme également valables en parallèle. Les autres sciences peuvent s'en distinguer de plusieurs façons: traiter de ce qui ne peut être spécifié rigoureusement (lois psychologiques, économie); ce qui est déterminé, mais à travers des calculs trop complexes pour être humainement déduits de lois fondamentales, et a donc besoin d'expériences pour combler les lacunes de compréhension (chimie, physique des matériaux); ou ce qui est relatif à un grand nombre de contingences incontrôlées et d'éventuelles lois supplémentaires inconnues, pour lesquelles les données d'observation sont clairement nécessaires (biologie, astronomie).

La Physique se concentre sur les aspects mathématiques de l'univers, à savoir où tout facteur indéfini, trop complexe ou contingent peut être soit contrôlé, simplifié ou ignoré en prenant «le cas général». Cela se produit généralement dans les études de systèmes planétaires, dont les lois d'évolution sont déterminées de façon satisfaisante en supposant que les planètes sont à peu près sphériques et n'explosent pas spontanément, bien qu'aucune loi fondamentale ne les y oblige absolument.

La théorie quantique rend l'univers remarquablement mathématique, comme les racines mathématiques de ses lois ne se trouvent pas à un seul niveau de processus avec une loi spécifique, mais à travers une continuité de niveaux.

Les états possibles des systèmes quantiques peuvent être analysés localement comme parcourant (en superpositions quantiques, ou combinaisons probabilistes continues) un nombre fini de possibilités suivant la taille et de l'énergie disponible du système. Ainsi, tout effet local (un état ultérieur d'un système, qui définit ses probabilités de résultats de mesure) ne dépend que d'un «nombre de causes» (quantité d'information quantique) fini, celles de l'état physique de ce qui se trouve à un temps précédent dans le cône de lumière passé de l'effet. Toutes les lois et observables peuvent être décrites comme des matrices de quantités reliant ces états.

Les choses sont mathématiques lorsque leurs contingences sont réduites: lorsque la liste d'états possibles n'est pas trop grand, ou pas trop complexe pour être bien compris. Mais cette condition peut être atteinte de plusieurs façons: soit en regardant à des échelles suffisamment petites pour ne trouver que peu d'états possibles d'énergies comparables à la quantité moyenne d'énergie disponible (température), soit en regardant des systèmes plus larges mais avec une température suffisamment basse pour que seuls quelques états globaux (d'intrication entre états de leurs plus petits composants) aient une énergie suffisamment faible pour contribuer significativement à cette température, d'après la distribution de Boltzmann.

Pourtant, les choses peuvent aussi être mathématiques d'une autre manière aux échelles macroscopiques avec des températures élevées (surtout au-dessus de 1000 K environ), comme le plus grand nombre d'états disponibles fournit des passerelles pour tous les mélanger, dissolvant rapidement tout état spécifique dans la distribution de Boltzmann uniforme déterminée par la température.

La Physique présente aussi des concepts mathématiques remarquables, où une même théorie (loi) peut admettre plusieurs formalisations et méthodes de calcul équivalentes intéressantes. Par exemple, les champs quantiques présentent les deux aspects d'ondes et de particules sans contradiction. Cela contribue à infirmer toute idée d'une «cause physique» spécifique derrière la loi de probabilité définie mathématiquement sur les observables. Dieu apparait comme un grand mathématicien.

Complexité et vie

Cependant, Dieu ne ressemble pas à un grand humaniste. Alors que l'Univers a toujours pu être contemplé par des âmes libres pour sa beauté mathématique, il a fallu beaucoup de temps depuis le Big Bang, et une combinaison très spéciale de facteurs, pour produire le genre d'environnement physique adapté à la vie comme nous la connaissons , à savoir pour le développement de la complexité, où les choix conscients peuvent produire des effets intéressants non seulement mathématiquement mais aussi psychologiquement, d'une manière plus stable et significative que dans l'effet papillon.

D'abord, il y a besoin d'un lieu aux bonnes températures, composition chimique et circulation de l'énergie (possibilité de création d'entropie), pour que des molécules puissent subir diverses réactions en sorte d'évoluer suivant certaines manières, mais pas toutes, afin de ne pas perdre toutes leurs informations.

Ensuite, l'émergence d'organismes efficaces pour bien héberger des âmes, capable de prospérer dans un environnement hostile et donner au libre arbitre un large éventail d'actions possibles, a pris des milliards d'années d'histoire évolutionaire chaotique d'essais et d'erreurs, de la biochimie jusqu'aux des cellules et organismes plus complexes.

Les phénomènes complexes sont en gros structurés comme une hiérarchie des fondements, avec différents niveaux conceptuels correspondant aux différentes échelles auxquelles les choses forment des "objets distincts", et/ou aux relations entre des fondements (lois générales) et des données contingentes. Les objets à chaque niveau ont leurs propres lois de comportement, de sorte que leurs interactions avec les objets voisins telles qu'ils se trouvent de façon contingente, forment des structures organisationnelles (contingentes) qui constituent les lois du niveau suivant.

Les lois possibles vont des plus simples, chaotiques (désorganisation), telles que la «loi de la jungle" (pression sélective), où les objets vont en vrac et sont mieux décrits par les probabilités et les moyennes, jusqu'aux plus complexes (organisées), dont les détails peuvent dépendent de certaines données contingentes persistantes: les fonctions corporelles dépendent de l'information de l'ADN; les systèmes économiques et sociaux dépendent aussi du patrimoine éducatif, des technologies disponibles et des conventions politiques et monétaires. 

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La hiérarchie des fondements de l'Univers

Le Problème du Mal?

Il y a un grand paradoxe: le monde n'est pas aussi bien habitable qu'il pourrait l'être, alors nous demandons, "Mon Dieu pourquoi»? Il est très étrange en effet que les lois psychologiques (libre arbitre) n'agissent physiquement qu'au niveau des esprits individuels dans leurs incarnations respectives, sans action notable coordonnée, ni à plus grande échelle (télépathie, inspiration divine) ni à plus petite (dessein intelligent exercé sur les mutations de l'ADN), laissant l'évolution se dérouler au rythme lent et inefficace de la sélection darwinienne. Certains de ces faits sont liés: les "lois" darwiniennes à la fois expliquent et exigent que les âmes incarnées ignorent leur nature immatérielle et adoptent un relatif égoïsme, pour donner aux formes intelligentes d'incarnation et aux capacités physiques leur avantage sélectif naturel.

Mais, peut-être encore plus étrange, est que nous ne nous plaignons habituellement pas de
Certains (mais peu) parlent de combien l'amour est parfois trop sélectif pour se réaliser, ou de l'injustice plus grave subie par les animaux dans l'agriculture intensive et les laboratoires.
Mais nous nous plaignons le plus souvent de la misère, de l'injustice et de la tyrannie, que nous attribuons à un manque de main divine sur l'Univers.

Il y a beaucoup de place en bas!*

Et ce qui rend étrange cette orientation des plaintes, est que ces problèmes que nous déplorons sont en fait ceux que nous avons les moyens les plus faciles de résoudre par nous-mêmes, comme nous avons déjà commencé à le faire par la science, la technologie, diverses organisations, systèmes politiques, et réseaux sociaux en ligne, dans un intervalle de temps ridicule par rapport à l'histoire de la vie sur Terre.
Ou plutôt, ce serait le plus facile... si seulement nous nous en occupions, au lieu de gaspiller nos œuvres et nos rêves ailleurs comme nous le faisons:
Faut-il expliquer ce qu'est la technologie? Le progrès technologique est l'activité de reprogrammation de la structure mathématique des réalités effectives, de propriétés initialement chaotiques vers des fonctions plus commodes et polyvalentes. Ainsi, dès qu'on a pu restructurer les objets physiques en puissantes machines de Turing universelles (ordinateurs) et les connecter à travers le monde (Internet), toute loi algorithmiquement exprimable de la réalité extérieure peut être en principe construite par-dessus, dès qu'on peut l'inventer et l'exprimer sous forme de nouveaux logiciels.
Dès lors, tout ce que nous avons encore besoin est une combinaison de travail hautement théorique et développement de logiciels, moins pour comprendre nos systèmes économiques et politiques comme ils sont, que pour les reconstruire tels qu'ils devraient l'être pour connecter au mieux leurs éléments de base donnés: les humains tels qu'ils sont, étant donné leur liste de besoins, que de meilleurs réseaux sociaux en ligne devraient pouvoir satisfaire: apprendre, trouver des hôtes, des événements, du covoiturage, l'amour, les emplois (qui sont des activités de traitement des données meilleurs que les algorithmes connus pour répondre aux besoins humains), faire des transactions en ligne (où l'argent est une convention sociale qui a besoin d'une refonte logique), filtrer la vérité et la réputation d'avec les erreurs et la propagande, et de former de meilleurs systèmes politiques et judiciaires.
J'ai déjà décrit l'esquisse d'un tel nouveau réseau social, mais n'ai pas pu, pendant des années, trouver qui que ce soit pour s'occuper de le comprendre et d'y travailler. Les gens préfèrent penser petit, et sur d'autres sujets. Mais s'il ne se trouve même pas quelques personnes pour s'occuper de penser assez profondément pour développer la formule optimale des solutions complexes aux besoins, alors on en reste à de mauvaises solutions telles que des systèmes politiques corrompus et des systèmes académiques inefficaces, tandis que d'autres solutions mal conçues peuvent encore venir emporter la popularité mondiale par surprise, malgré tous les risques d'échecs et les abus cachés derrière leurs avantages visibles.

* titre d'un célèbre discours de R. Feynman en 1959 anticipant le développement des nanotechnologies

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